L'air était lourd et chaud sur Vespal IV. Le fait d'être en orbite autour d'un système binaire n'y était pas pour rien bien entendu, mais le Dôme jouait lui aussi son rôle dans le réchauffement de l'atmosphère de la station orbitale. Sur la plage artificiel du secteur 7, le sable était d'un jaune doré qui carressait l'oeil et donnait envie de s'y étendre pour se reposer de l'agitation ambiante et inhérente à ce genre de station. La technologie des Vespans permettait un très haut niveau de réalisme dans les reconstitutions, la plage et la mer attenante étaient peuplées d'une foule variée et bigarée de corps organiques, crabes, crevettes, poissons, coquillages divers, tout était fait pour recréer l'ambiance des plages terriennes. Le système de ventilation venait apporter un peu de la fraîcheur des climatiseurs de la station sous la forme d'un vent doux qui se déroulait sur les dunes et faisait onduler les herbes folles. Loin de savourer la quiétude inspirée par les lieux, Estrol fixait anxieusement son infoblok. Le poste de technicien du Labo n'était certes pas envié pour sa rémunération, et les moyens d'Estrol ne lui permettait pas de se faire implémenter un dispositif radiosphere, aussi se contentait-il de la technologie populaire de l'infoblok. Celui-ci lui permettait de rester en liaison constante avec l'infosphère de la station orbital, lui donnant accès à virtuellement toute la base de connaissance de celle-ci, ainsi qu'à des programmes de radio, télévision, et lui ouvrant le canal de communication intra-orbital. Les yeux d'Estrol, habituellement d'une nuance bleue-gris, avaient viré au bleu total sous l'effet de l'anxiété, comme chez tous les Vespans.

- Théonard est en route, Lança Edrik.

Surpris, Estrol se retourna. L'imposante silouhette d'Edrik le dominait de toute la grandeur de ses 2m40, taille relativement élevée pour un Vespan, la moyenne se situant plutôt aux alentours de 2m10. Comme à son habitude, Edrik était négligemment vêtu, son pantalon trop grand de deux tailles lui recouvrait entièrement les pieds et s'affaissait autour de sa taille, le reste de son corps donnant l'impression de flotter dans le morceau de tissus qui lui servait de t-shirt. Ses cheuveux ébouriffés et sa barbe de trois jours achevaient le portrait de cette homme pour qui l'apparence n'était qu'un mot. Devant la mine surprise d'Estrol, il continua.

- Tu n'étais pas au courant que le départ était pour ce matin ?
- Non.
- A quoi bon travailler au Labo si tu ne tiens même pas au courant de ce genre de choses ?
- Tu sais bien que..
- Que tu ne t'occupe que de la chimie atomique, le coupa Edrik, oui je sais. Cela n'empêche de se tenir un minimum informé.

Estrol rumina ces paroles. Depuis leur enfance, Edrik avait toujours surpassé Estrol dans tous les domaines. A croire que l'inginérie génétique y était pour quelque chose parfois. Non pas qu'Estrol fut jaloux, la jalousie ne faisait pas partie du répertoire émotionnel des Vespans, mais un sentiment de frustration l'envahissait chaque fois qu'Edrik imposait sa supériorité.

- L'humain est avec lui ? demanda-t-il.

Edrik esquissa un sourire.

- Bien entendu. Quel interet sinon ? Tout le projet dépend de cet humain.
- Bien entendu, répéta distraitement Estrol.
- Famir t'attend au Dôme.

Estrol consulta son infoblok. Il ne s'était pas encore fait au décompte du temps dans la station, et l'indication 4'87 de l'infoblok ne lui disait rien. Il était très certainement en retard, si Edrik avait pris la peine de se déplacer jusqu'ici. En soupirant, il se leva et suivit Edrik en direction du Dôme.